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Sur toutes les cartes de Phnom Penh se trouve encore le lac Boeung Kak, mais cela fait déjà longtemps qu’il n’existe plus. Sa disparition est accompagnée d’un mouvement social impressionnant. Les habitants se rassemblent et luttent contre la grande entreprise chinoise Shukaku Inc, possédée par le sénateur cambodgien Meng Khin. Celui-ci a souscrit une concession de 99 ans en 2007.

Online NewsD’après Amnesty International, seules 779 des 4.000 familles initialement installées sont restées au lac Boeung Kak. Les autres ont reçu un dédommagement de 8.500 dollars ou un terrain situé à 20 kilomètres, loin du lac et loin de ses voisins. Deux-cent-cinquante-neuf familles sont dans ce cas. Les habitants et les ONG témoignent que, pour la plupart d’entre eux,  ce compromis n’est pas volontaire. Les menaces et les intimidations sont nombreuses. Quatre-vingt-dix familles résident toujours dans les alentours du lac : elles savent qu’elles peuvent être expulsées d’un jour à l’autre.

Le 11 août 2011, le Premier Ministre Hun Sen a annoncé que les 779 familles restantes recevraient 12,44 hectares dans le quartier en construction du lac Boeung Kak. „Nous travaillons avec plusieurs ONG et nous avons demandé de l’aide aux ambassades“, explique l’activiste Chan Puthysak. Cela fait maintenant cinq ans qu’ils mènent la lutte contre les responsables. Beaucoup d’eux ont perdu leur maison, sont agressés durant les manifestations ou ont été intimidés. Les séquelles des souffrances psychiques deviennent de plus en plus importantes.

Une lutte de 5 années

Boeung Kak activist
Quelque soit leur âge, les habitants de Boeung Kak ont tous le même objectif. © Vanny Tep

„En septembre, j’ai perdu ma maison de laquelle provenait mon revenu, parce que je n’ai pas le droit d’avoir un titre de propriété. Personne ne veut reconnaître qu’il est responsable, mais je sais que c’est l’entreprise qui a fait ca“, dit Heng Mom, des larmes dans les yeux. A 41 ans, elle a perdu sa raison de vivre. Sa voisine s’est suicidée après la perte de sa maison. Heng Mom se rend toujours aux manifestations avec sa voisine, Vanny Tep. Elle a déjà été arrêtée plusieurs fois. „Je connais déjà bien la prison. Les policiers savent que je suis une activiste très importante dans la région. Mais, au moins, ils ne nous agressent pas souvent“, confie cette femme de 31 ans. Les hommes préfèrent ne pas aller aux manifestations : c’est trop dangereux pour eux. La dernière fois, la police a assommé le résident et activiste Suong Sophorn à coup de matraque et de pierres : il voulait rassembler les manifestants pour arrêter les démolitions.

„Nous n’avons pas confiance dans ces titres de propriété“

Il y a deux semaines, les médias ont évoqué une lueur d’espoir : en effet, l’administration municipale a distribué 259 titres de propriété aux familles. Mais les habitants restent sceptiques. Le fait que le nom du sénateur Meng Khin apparaisse sur la liste des premiers inscrits pour obtenir un titre de propriété fait réfléchir. „Personne ne nous a montré le terrain qui nous appartient. Nous n’avons pas confiance dans ces titres de propriété. Je vais continuer à participer aux manifestations, jusqu’à ce que chacun de nous reçoive un titre de propriété“, dit Oum Sarem, qui a déjà reçu le sien.

Et même si, un jour, chacun reçoit un titre, leur futur reste incertain. A l’heure actuelle, la disparition du lac a déjà des conséquences graves sur la vie et la santé des habitants. „Avant, il n’y avait pas beaucoup de moustiques. Maintenant, dès que la pluie s’accumule sous nos maisons, la nombre d’enfants qui souffrent de la dengue augmente. Nous ne vivons plus avec la nature, mais avec un grand trou rempli de sable, à côté“, décrit l’activiste Chan Puthysak. Enfin, il explique qu’ils se battront jusqu’à trouver une solution. „Nos maisons sont notre vie, et si nous les perdons, nos vies perdent leur importance.“

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Auteur | Sarah Thust

Actualisé | 22.12.2011

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